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Pixel: Le Magazine des nouvelles images, No 29, 1996
71 rue de Maubeuge, 75010 Paris, France
Roman Verostko
by Gregg Smith, translated by Altamon Baker

Note: This version adapted for the web uses illustrations and title from the published text. A substitute frontispiece was used for the Boole book example.



Lung Shan II. From "Pathway Series", 2' by 6' . 1989


par Gregg Smith, adaptation Altamon Baker

Exposée au Siggraph 95, l'oeuvre de Roman Verostko reste parmi les meilleures. A l'écart des autres artistes, Verostko a inventé un message pictural qui unit l'oeuvre de défrichement des pionniers de l'abstraction du début du siècle aux recherches de l'expressionnisme. Les artefacts de Verostko sont avant tout des entrelacs de lignes puissantes et gestuelles. Souvent symétriques, parés de couleurs subtiles, ils semblent évoluer dans un monde irréel, aux frontières des images totémiques et des icônes, des idéogrammes orientaux et des calligraphies occidentales, comme en équilibre entre le geste spontané et la raison méditée. 

L'ironie de cette démarche est qu'elle parait habitée et toute palpitante de vie secrète alors qu'elle est née d'un programme informatique. L'artiste explique ce paradoxe : " Le programme avec lequel je travaille depuis tant d’années a fini par échapper à mon raisonnement, ou plus exactement à s'y intégrer de façon si intime qu'il me semble l'utiliser de façon totalement instinctive. Exactement comme ma main travaillait naguère pour mon imagination créatrice. "

La grande révélation de ce travail a été que l'on peut travailler en informatique avec la même liberté qu'avec les outils traditionnels de la peinture. La rédaction d'un programme devient alors exactement comparable au geste de l'artiste, aussi instinctif et réfléchi à la fois...

Les racines de son art, Verostko les plonge au plus profond de la tradition surréaliste. Le geste mécanique qu'il gère par ordinateur est exactement le geste automatique du surréalisme. " J'ai pratiqué l'automatisme gestuel dix ou quinze ans avant de maîtriser l'ordinateur. Entre 1960 et 1968, j'ai fait des dizaines de toiles au pinceau. Ce sont ces travaux qui ont inspiré mes premières réalisations à l'ordinateur. Longtemps ces oeuvres,

Frontispiece: Limited edition, 1 of 125 original plots for George Boole's Derivation of the Laws. The artist's softwqare generated a new form for each frontispiece. The serial technique, a "post-mechanical" procedure, was also employed for the end pieces in this edition. 6" by 20", Minneapolis.

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Gaia Triptych. Folding side panels, open position. 41" by 76", 1990

traditionnelles quant à leur technique, sont restées supérieures à tout ce que je faisais sur ordinateur. Ce n'est que depuis peu que je crois avoir obtenu un geste pictural à l'ordinateur comparable en qualité à ce que je fai­sais jadis à la main. "

Il n'est donc pas surprenant qu'une autre influence décisive dans l'oeuvre de Verostko soit la calligraphie chinoise, dont les mécanismes répon­dent assez bien à ceux de l'ordinateur géré par un programme. Cette technique de haute tradition et d'une infinie complexité, Verostko l'a étudiée en même temps qu'il enseignait aux Chinois l'histoire de l'art dans l'Occident du XXI siècle. Les grandes traditions du geste pictu­ral en Asie se combinent ainsi dans son oeuvre avec les automatismes gestuels du surréalisme occidental pour créer, grâce au catalyseur de la technologie informatique, une sorte de synthèse profondément significative de l'art de Verostko. Mais l'influence la plus forte est sans doute celle des modernistes européens " Mes Maitres sont indiscutablement Kandinsky et Mondrian, " aime-t-il à dire en s'en étonnant lui-même. Et il ajoute que " la partie la plus enthousiasmante de mon travail consiste à utiliser l'outil extraordinairement sophistiqué et discipliné qu'est l'informatique pour exprimer une énergie presque primale et dans tous les cas totalement spontanée. Au fond, cela conduit à se poser la question fascinante de la nature même du geste spontané dans l'art. J'ai toujours été obsédé par la nature duale de la condition humaine, oscillant sans cesse entre le rationnel et l'irrationnel. "

La nature platonique et la nature dionysiaque de l'homme s'opposent­elles ou se complètent-elles ? C'est au fond la question que pose l'oeuvre de Verostko...

La créativité du geste spontané est nulle si la maîtrise rationnelle de l'expression ne vient pas la canaliser. C'est la différence entre le cri et le chant, le trait et l'écrit, le bruit et la musique, le soubresaut et la danse. Sans vecteur orienté l'energie se dis- perse en pure perte. Sans ce que Mondrian appelait l'équilibre dynamique et qui, d'une certaine manière, exprime l'essence même de la vie, le mouvement n'est qu'une chute désordonnée. La création est ur élan et une direction donnés aux forces en gésine dans le chaos. Seule est créatrice une force intelligente plus forte que la force brute du magma primal. En ce sens, l'ordinateur est par définition une machine à créer de l'art puisque son but est, justement, de mettre en ordre le chaos, de le réduire à l'essentiel en le soumettant au système binaire ; autrement dit de donner une vie rationnelle à ce qui n'a qu'une existence irrationnelle.

Il est tout à fait remarquable que dam, la Genèse, le seul jour où le texte ne nous dit pas que Dieu vit que cela était bon est le deuxième. Celui où Dieu créa la dualité.

Le Tout-Puissant savait que ce jour­-là, il donnait à l'Homme l'outil par lequel la créature allait un jour prétendre égaler son Créateur et que l’on appelle l’Art. 

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